Meditazioni sul Vangelo

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LA PARABOLE DU RICHE ÉPULON ET DU PAUVRE LAZARE

LA PARABOLE DU RICHE PULON ET DU PAUVRE LAZARE

(Lc 16, 19-31)

Pour comprendre cette parabole, il est bon de s’interroger sur le but pour lequel elle a t raconte. Il me semble que l’on peut rpondre que le Seigneur l’a raconte pour nous faire rflchir sur la gravit de certains comportements humains, le Seigneur veut nous enseigner que l’insensibilit et la duret de cur peuvent devenir tellement graves au point d’exclure pour toujours l’homme de la batitude ternelle.

Quand le Seigneur, dans l’Evangile de Matthieu, parle du jugement dernier, il dit clairement que ceux qui ont endurci le cur quand ils l’ont vu affam et ne lui ont pas donn manger, assoiff et ne lui ont pas donn boire, nu et ne l’ont pas habill, malade et en prison et ne l’ont pas visit (Mt 25, 41-46), mritent un chtiment ternel. Or presque tous ces maux affligent le pauvre Lazare, mais le riche dans la parabole se comporte exactement comme ceux que le Seigneur condamne la peine ternelle. La parabole illustre donc le cas de quelqu’un qui mrite une peine ternelle.

Le Christ juge le mauvais riche

La parabole de Luc montre de ce fait un cas concret dans lequel une condamnation ternelle est prononce contre celui qui, obstinment, a rejet le Christ souffrant, mme s’il ne savait pas que sa duret de cur mettait mort le Christ lui-mme. Et c’est ce qu’a fait le riche avec le pauvre Lazare ; lui aussi le Seigneur pouvait dire : Va-t’en loin de moi, maudit, dans le feu ternel, parce que j’ai eu faim et tu ne m’as pas donn manger, j’ai eu soif et tu ne m’as pas donn boire ; le pain que tu n’as pas donn Lazare, c’est moi que tu ne l’as pas donn. Tu as prfr donner les restes de ta table aux chiens et les a refuss un homme qui vaut plus que beaucoup de chiens. Chaque jour, j’tais couch ta porte mendiant un peu de piti et tu me l’as refuse. A ta porte, c’tait Lazare, mais en lui, c’tait moi qui mendiais ton salut. Si par piti tu m’avais donn mme seulement les miettes de tes banquets, tu te serais sauv, mais ta cruaut m’a refus mme les miettes ; ta cruaut a t la cause de ma mort. Le jour o Lazare est mort a pris fin aussi l’ultime tentative que ma misricorde et ma justice avaient faite pour sauver ton me ; ce jour-l ma sagesse a dit : ‘a suffit’, parce qu’il aurait t inutile de continuer, ton endurcissement tait dsormais sans remde ! A tel extrme peut conduire l’amour-propre dsordonn : jusqu’ l’obstin rejet de Dieu et du prochain ; un tel rejet est le fruit d’une srie de choix qui ne peuvent pas ne pas avoir de consquences ternelles.

Ceci est le but de l’enseignement de la parabole : montrer les deux possibles tats auxquels aboutissent nos actions et montrer aussi que ces deux tats sont dfinitifs. De tels tats ne seraient pas dfinitifs si le riche dans les tourments pouvait un jour monter l o se trouve Lazare, mais ceci est clairement exclus dans l’affirmation d’Abraham : Ceux qui d’ici veulent passer chez vous, ne le peuvent pas, et de l-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.

Un cas d’impnitence finale

Nous pourrions galement dire que le Seigneur a voulu montrer un cas concret d’impnitence finale. En fait, on peut dduire de la parabole qu’aprs la mort de Lazare a t encore concd au riche un bref moment de vie, mais il n’a pas voulu profiter de cette opportunit pour se repentir, il n’a pas voulu couter la voix de la conscience qui lui montrait comment la duret de son cur avait t la cause de la mort de Lazare. S’il l’avait coute et s’tait repenti, il se serait sauv parce qu’il aurait vit l’impnitence finale qui conduit la perte ternelle (CEC 1864).

Le comportement du riche est en outre beaucoup aggrav par les facteurs suivants: d’abord il ne pouvait pas avoir de doutes sur le fait que chaque jour sa porte il y avait un homme qui souffrait, qui souffrait tellement qu’il tait entre la vie et la mort; cela signifiait qu’au moment du jugement, il ne pouvait pas avoir une attnuation du manque de lucidit sur le fait d’avoir eu devant lui un homme souffrant, mais cela comportait pour lui un choix inluctable: Lazare le contraignait choisir si oui ou non il aurait eu piti de lui; et le riche a choisi de ne pas avoir piti. L’autre facteur qui aggravait sa situation est le fait qu’il tait riche, cela signifie qu’il aurait pu donner un peu de soutien Lazare sans que son patrimoine le ressentisse ; s’il aidait Lazare, il n’aurait pas manqu de nourriture pour les siens et pour lui, mais mme ayant largement la possibilit, il a choisi de ne pas aider Lazare. En d’autres termes et en rsumant : on ne peut pas dire que le riche se trouvait en face d’une situation complique dans laquelle il lui tait difficile de bien comprendre les choix faire, et on ne peut pas non plus dire qu’il n’avait pas les moyens pour faire ce qui lui tait demand pour son salut, il lui tait demand d’avoir piti d’un souffrant et il ne l’a pas eue, non par manque de moyens, mais par duret de cur. Comme on le voit, la conduite du riche est impardonnable, il n’y avait pas de circonstances attnuantes qui justifient son comportement mais seulement des circonstances aggravantes.

Examen des sentiments du riche

De ce point de vue, il importe d’aborder une difficult qui merge du rcit, c’est le fait que le riche semble manifester de bons sentiments quand il prie Abraham d’envoyer Lazare la maison de son pre pour avertir ses frres afin qu’ils ne viennent pas eux aussi avec lui dans les tourments. On pourrait alors penser que, ayant ces bons sentiments, il ne soit pas juste que le riche demeure pour toujours dans la souffrance, mais qu’aprs une certaine priode de purification, il lui soit accord aussi d’accder la batitude. Cependant on ne trouve, dans la parabole, aucune trace d’un tel enseignement. Si le Seigneur avait voulu enseigner le caractre passager du chtiment, il suffisait qu’il ajoutt deux brves paroles la rponse d’Abraham : ceux qui d’ici veulent venir chez vous, ne le peuvent pas, et de l-bas non plus, on ne traverse pas, pour le moment, vers nous . Mais ces paroles ne se trouvent pas dans la rponse d’Abraham, ainsi la parabole n’autorise pas penser qu’au riche sera accord le salut.

On pourrait alors dire qu’il tait dsormais trop tard, que les jeux taient faits et que ses bons sentiments n’avaient plus de valeur. En un certain sens, c’est vraiment ainsi et plus loin nous ferons quelques considrations ce propos, mais avant tout nous devons souligner que s’il s’agissait d’un vrai repentir, Abraham aurait d s’en rjouir, parce que dans le monde de Dieu, tous sont habits par l’amour et ne manqueraient pas de rpondre avec amour au plus petit geste d’amour, d’exulter pour un acte de repentir quelque moment qu’il advienne et de quelque lieu qu’il provienne, parce qu’il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pcheur qui se convertit (Lc 15,10). Pourtant, dans la parabole, nul n’exulte pour les sentiments manifests par le riche, nous voyons au contraire son gard une fermeture totale, aucune de ses prires n’est exauce, toutes sont implacablement rejetes. Cela devrait nous faire rflchir, nous viter de conclure superficiellement en faveur d’un repentir du riche. Quand un pcheur se repent, ses paroles sont trs diffrentes de celles du riche ; un vrai pnitent supplie : Mon Dieu, montre-toi favorable au pcheur que je suis. Je reconnais ma faute, mon pch est toujours devant moi ce qui est mal tes yeux je l’ai fait. Tu es juste Seigneur ! Je souffre parce que j’ai pch (Lc 18, 3; Ps 50, 5-6; Est 4, 17; 2 Mac 7, 8).

La premire proccupation d’un pcheur repentant n’est srement pas de demander un peu de soutien pour ses propres peines, encore moins de donner ordre aux saints sur qui doit lui apporter un soutien. Le riche impnitent au contraire cherche avant tout un soutien pour sa soif ; en outre quand il voit Lazare, il ne lui vient pas non plus l’esprit de se frapper la poitrine et de lui demander pardon pour l’avoir laiss mourir de privations, mais avec une prsomption et une arrogance incroyable, il prtend se faire servir par celui qu’il avait tu. Jamais le mauvais riche ne reconnat sa culpabilit l’gard de Lazare, jamais il ne manifeste de la peine pour le mal commis, jamais il ne manifeste le dsir de rparer de quelque manire le mal qu’il a fait Lazare. Nous le voyons au contraire insister pour la seconde fois avec une arrogante prtention de vouloir se servir de Lazare pour ses vues : Eh bien ! pre, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon pre. En effet, j’ai cinq frres : qu’il leur porte son tmoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture ! A cela Abraham rpond : Ils ont Mose et les prophtes, qu’ils les coutent ! A cette rponse, le riche oppose de nouveau son obstine prsomption de connatre plus que les saints ce qui convient au salut de l’homme ; il ajoute en effet : Non, pre Abraham, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront. Evidemment, le riche ne comprend pas la rponse d’Abraham, mais une bonne me demande humblement d’tre aide pour comprendre ce qu’il ne russit pas encore saisir, sans prtendre faire prvaloir ses courtes vues sur celles du monde de Dieu. Alors une demande qui vient d’un impnitent obstin peut-elle tre bonne ? D’une personne qui, au lieu de se frapper la poitrine, prtend donner des ordres au ciel ? Un arbre mauvais peut-il produire de bons fruits ? Si le Seigneur nous pose cette question, c’est pour nous mettre en garde, pour nous avertir qu’il y a des cas o effectivement des fruits qui proviennent d’un arbre mauvais peuvent apparatre bons et nous induire en erreur, et c’est le cas de la demande du mauvais riche.

Examen des intentions du riche

Demander que des frres vitent de venir dans un lieu de torture est une bonne chose, mais ceci ne suffit s’assurer que la demande puisse tre reue, parce qu’on peut vouloir des choses bonnes pour une fin dsordonne. Par exemple, quand quelqu’un aide un pauvre pour tre admir des hommes ou quand quelqu’un invite djeuner un autre pour l’empoisonner. Pour tre vraiment bonne, une action doit tre telle tant en elle-mme que dans l’intention ; ici la difficult rside dans l’valuation de la bont ou de la malice de la demande du riche, c’est--dire dans le fait que nous ne pouvons pas voir directement son intention. A prsent, la rflexion devient donc plus difficile, essayons d’examiner les deux cas possibles, c’est--dire celui o l’intention est mauvaise et celui o elle est bonne.

La pense de Sainte Catherine de Sienne

Si nous ne pouvons pas lire directement dans les curs pour en connatre les intentions, Abraham qui reprsente Dieu dans la parabole le pouvait ; il semblerait alors malais que, s’il avait vu une bonne intention dans la demande du riche, il ait rpondu aussi schement : Ils ont Mose et les prophtes : qu’ils les coutent ! Parmi ceux qui attribuent au riche une intention goste, il y a sainte Catherine de Sienne dans le Dialogue de la Divine Providence . Au chapitre (ou numro) 40, nous lisons : et il faisait ceci non pas dj par charit ni par compassion pour ses frres ni non plus mon honneur ou en vue de leur salut Mais pourquoi alors ce riche se comportait-il ainsi ? Parce qu’il avait t l’an des frres et les avait levs dans la mme misre morale dans laquelle il avait vcu, au point de devenir la cause de leur perdition. Pour cette raison, il voyait en dcouler pour lui une aggravation de la peine, s’ils venaient le rejoindre dans le lieu des tortures . Rsumant et ritrant ce que dit Catherine de Sienne, nous pourrions dire : plus est grand le mal que l’on commet, plus est grand le chtiment qui lui correspond, plus sont douloureuses les peines qu’on devra subir. Maintenant si quelqu’un, cause de son obstination dans le rejet des lois de l’amour, ne peut pas tre admis dans le rgne de l’amour, le chtiment et la peine qu’il doit subir sont grands, mais son chtiment et ses peines seront encore plus grands dans la mesure o il aura induit d’autres le suivre sur le chemin de l’gosme, de l’insensibilit et de la duret de cur. C’est justement cela qu’a fait le mauvais riche. En effet, nous savons qu’il avait cinq frres qui, nous pouvons l’imaginer, taient trs heureux de participer ses banquets, mais d’aucun d’eux il n’est dit qu’il ait eu piti de Lazare. Alors le riche craint qu’ils ne reoivent le mme chtiment que lui, ce qui comporterait pour lui une aggravation de la peine due sa contribution leur perdition ; voil pourquoi il voudrait que ses frres ne vinssent pas l o il est, non parce que leur salut lui importerait mais parce qu’il lui importe de souffrir moins. Telle pourrait tre une explication plausible si la proccupation pour le sort de ses frres et t le fruit d'une intention mauvaise.

La parabole dans l'uvre de Maria Valtorta

Dans l’uvre de Maria Valtorta, L’Evangile tel qu’il m’a t rvl , l’intention du riche n’est pas vue sous un regard ngatif mais positif. Nous lisons en effet :  Le riche, pleurant plus fort cria :" Au moins, pre saint, envoie, je t'en prie, Lazare la maison de mon pre. J'ai cinq frres. Je n'ai jamais compris l'amour, mme entre parents, mais maintenant je comprends quelle chose terrible c'est de ne pas tre aim. Et puisque ici, o je suis, c'est la haine, maintenant j'ai compris, pendant cet atome de temps que mon me a vu Dieu, ce que c'est que l'Amour. Je ne veux pas que mes frres souffrent les mmes peines. Je suis terroris pour eux qui mnent la mme vie que moi. Oh, envoie Lazare pour les avertir de l’endroit o je suis et pourquoi j’y suis, et pour leur dire que l’Enfer existe et est atroce, et que celui qui n’aime pas Dieu et le prochain vient en Enfer. Envoie-le ! Qu’ temps ils soient avertis, et n’aient pas venir ici, en ce lieu d’ternelle torture  (Vol. 3.191.7). Que devons-nous penser la suite de ces prcisions introduites dans l’uvre de Maria Valtorta ? Au mme moment, nous voyons que, bien que le riche manifeste de bons sentiments l’gard de ses frres, cela ne suffit pas changer la situation dsormais irrmdiable, il demeure dans  ce lieu d’ternelle torture . Il convient de ce point de vue de rflchir sur ce qui a suscit chez le riche de tels sentiments. Evidemment, aprs la mort, chaque me rejoint le monde de Dieu et, ne serait-ce que pour un moment, en peroit la beaut, mais dans le cas spcifique du riche, la difformit irrmdiable en comparaison cette beaut, en a dcrt inexorablement la condamnation. Toutefois, au moins pour un moment, mme l’homme le plus mauvais quand il fait l’exprience de la beaut de l’amour peut ragir naturellement selon les lois de l’amour, mais cela sera un tourment ultrieur pour lui, parce qu’il verra clairement que Dieu l’avait fait lui aussi naturellement bon, mais qu’il n’a pas voulu persvrer dans la bont. Pour entrer dans l’intimit avec Dieu, c’est--dire dans la batitude, la bont naturelle ne suffit pas mais il faut vouloir, il faut choisir la bont. Dieu a voulu que la bont naturelle qu’il a accorde tous soit soumise un moment d’preuve durant la vie prsente, l’issue de l’preuve sera l’accs l’intimit divine ou l’exclusion. Alors, le choix du bien comporte quelquefois le passage par un moment critique au cours duquel le risque que tous nous courons est de faire concider le bien surtout avec  mon bien , ngligeant de manire coupable de considrer aussi le  bien d’autrui  ; si dans les relations dans lesquelles nous vivons nous ne nous exerons pas tre attentifs aussi au  bien d’autrui , notre cur risque de s’endurcir jusqu’au point de ne plus tre capable d’aimer et donc de ne plus pouvoir accder l’intimit divine. Le mauvais riche tait tellement habitu penser exclusivement son bien et s’appuyer sur ses  jugements errons  que pas mme la supplication douloureuse du pauvre affam n’a russi ouvrir ses yeux et librer son cur. En rsumant nous pourrions dire que dans le rcit de la parabole dans l'uvre de Maria Valtorta les sentiments du riche envers ses frres sont oui bons, mais ils rvlent une bont naturelle qu'il n'a pas voulu favoriser et cultiver, voil pourquoi il mrite le chtiment ternel.

Nous devons considrer en outre que, soit dans le cas o nous lui reconnaissons une intention bonne, soit dans celui o nous lui attribuons une intention mauvaise, ce qu’il demandait n’tait pas bon, parce que prtendre qu’un mort aille avertir des vivants impliquait le bouleversement des voies du salut que Dieu avait prvues pour chaque homme.

Plus qu’un mort qui ressuscite

Il est en outre intressant d’observer combien le cur du riche n’a pas chang non plus aprs avoir fait l’exprience bouleversante de passer de ce monde l’autre. Cela confirme les paroles d’Abraham : s’ils n’coutent pas Mose ni les Prophtes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus. Maintenant, le riche tait en train de faire une exprience plus forte que celle qu’il aurait voulue pour ses frres. En effet, il ne rencontre pas seulement un mort ressuscit, mais vit en permanence dans le royaume des morts ; toutefois, il ne se repent pas et n’coute pas les paroles du pre de Mose et des prophtes : ainsi, il les conteste. Quand Abraham lui fait observer que Mose et les prophtes sont des moyens de salut plus que suffisants pour ses frres, il conteste et dit : Non, pre Abraham, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront. Il dit cela parce que pour lui, Mose et les prophtes avaient t parfaitement inefficaces, n’avaient pas servi son salut et alors il pense qu’ils ne pourront pas non plus servir au salut de ses frres. Mose et les prophtes n’avaient pas t utiles son salut parce qu’ maintes reprises, il avait dcid de ne pas couter leur voix, puis, un jour funeste n’a plus entendu leur voix. A partir de ce jour, il a pu finalement vivre suivant sa propre loi, a pu satisfaire sans limite ses dsirs. Ainsi, ayant tu dans son cur Mose et les prophtes, il est arriv au jour o il a tu aussi Lazare, parce que Lazare tait comme un prophte qui, avec une voix puissante, lui rappelait : Attention ! Il ne t’est pas permis de pitiner avec mpris la loi de l’amour, convertis-toi ou tu mourras ! Cette voix lui tait insupportable et alors il l’a faite taire de manire plus subtile, c’est--dire en l’ignorant.

Lazare, figure de Jsus

Dans la Sainte Ecriture, il y a divers sens et un des sens est de voir Lazare comme une figure de Jsus ; Jsus qui, affam et couvert de plaies, est couch la porte de l’humanit, la porte de notre cur pour mendier un peu d’amour. Il mendie les miettes de notre temps, les miettes de notre attention. Quelques miettes lui suffiraient pour pouvoir nous sauver ; au contraire beaucoup l’ignorent, beaucoup le rejettent, beaucoup le laissent mourir de faim ; beaucoup, comme le riche jouisseur, ont tu dans leur cur Mose et les prophtes pour pouvoir vivre selon leurs lois et jouir ainsi sans limite de tout ce qui leur procure got, plaisir, motions, prestige, pouvoir Puis, si l’on tue Mose et les prophtes, l’on tuera aussi Celui qu’ils annoncent et dont ils prparent la venue ; mais tuer le Christ pour prendre possession illgalement des biens qu’il nous a donns administrer, peut nous procurer seulement une joie trs imparfaite et de courte dure, comme la joie piteuse d’un ivrogne ou l’extase illusoire d’un drogu. A la fin de l’illusion reste l’amer fruit de la mort.

Mose et les prophtes

Tuer donc Mose et les prophtes comme a fait le riche et comme nous aussi risquons de le faire, est trs grave ; c’est grave parce qu’en agissant ainsi, nous ne saurons pas reconnatre le Christ qui mendie notre amour. Puis au jour du jugement, nous serons si surpris d’avoir t cruels l’gard de Dieu, mais nous n’aurons nulle excuse, parce que Mose et les prophtes sont donns tous comme moyens du salut. Mose en effet est le lgislateur d’Isral, celui qui, appel par Dieu, a rendu explicite la loi d’amour inscrite dans le cur de l’homme ; cette loi vaut pour tous les hommes et pour tous les ges ; elle n’est pas un conditionnement social ou culturel qui peut varier suivant les poques, le progrs, les peuples ou les races, mais est constitutive de la nature humaine en tant que telle. Tous doivent couter et pratiquer cette loi, parce que l’couter ou la ngliger n’est pas indiffrent mais une question de vie ou de mort. Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voil ce que disent la Loi et les Prophtes (Mt 7,12).

Les prophtes sont ceux qui vivent suivant la loi de l’amour, ils sont ceux qui, par les paroles ou par les exemples, de manire implicite ou explicite, nous rappellent aussi bien les exigences que la beaut de cette loi. Une parole prophtique peut tre entendue ou vue soit dans un geste de bont, d’altruisme, de dvouement, de pit envers une personne dmunie, soit dans les paroles, dans les uvres ou dans le regard pntrant et lumineux d’un saint ; mais chaque parole prophtique est une grce qui invitablement sollicite une rponse libre : nous pouvons l’accueillir ou la rejeter, y prter attention ou la ngliger, accepter qu’ventuellement elle nous dstabilise ou fermer notre cur pour viter des tracas. Souvent les prophtes dconcertent et font des reproches, alors ils courent le risque d’tre tus ; si nous les tuons, nous n’entendrons plus leur voix, nous pourrons vivre suivant nos lois et suivant nos gots comme le riche jouisseur. Mais le Seigneur, dans la parabole, nous avertit qu’un mensonge ne peut pas durer ternellement, la justice de Dieu s’est rserv un jour o une rcompense sera donne aux bons et un chtiment aux mauvais.

La parabole nous dit donc que pour le salut de l’homme entrent en jeu les facteurs suivants : Mose, les prophtes et notre attitude leur gard ; ces trois facteurs sont dynamiques et commencent agir ds le plus jeune ge. Ecouter les prophtes qui nous invitent vivre selon la loi crite dans notre cur nous fera crotre en bont, sagesse et grce ; mais si nous ne les coutons pas, l’gosme, l’insensibilit et la duret de cur grandiront en nous. L’endurcissement irrmdiable du riche a t le fruit d’un manque d’attention rpt tant l’gard de la loi de l’amour que de ceux qui lui rappelaient ses exigences et sa beaut ; puis ces manques d’attention, petit petit, ont engendr une insensibilit et une duret telles qu’elles sont devenues une cause de mort pour Lazare, et travers Lazare, de Jsus lui-mme ; en outre, la cause la plus grave entre toutes est que cette cruaut a t sans repentir. Mais si quelqu’un ne se repent pas, il ne peut tre pardonn ni en ce monde-ci, ni dans le monde venir (Mt 12, 32) parce que Dieu, aprs avoir fait le possible et l’impossible pour sauver l’homme, veut respecter la volont de celui qui ne se repent pas, ne la lui change pas avec force, mais ne peut permettre que cette volont renverse l’ordre tabli par lui.

Une volont fixe dans l’opposition Dieu

Les dernires paroles du riche montrent l’tat de sa volont : c’en est une qui n’accueille pas le dessein de Dieu pour le salut de l’homme. En effet, quand Abraham lui dit que ses frres ont Mose et les prophtes pour se sauver, il conteste : Non, pre Abraham C’est une volont qui voudrait substituer son plan celui tabli par Dieu ; il dit en effet : si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront. Ces paroles nous rvlent ce qui serait efficace et qu’il serait juste de faire son avis, elles nous disent que son cur tait trs attir par les choses apparentes et spectaculaires, mais non par celles qui sont humbles ; comme tous les jouisseurs et les puissants de ce monde, il prtendait atteindre ses objectifs par des voies de traverses, avec des recommandations illicites ; il jugeait trs long, trs humiliant, trs pnible de passer par la porte troite et de parcourir le chemin resserr qui conduit la vie, justement le chemin de l’humilit et de l’amour, le chemin indiqu par Mose et les prophtes.

La parabole se conclut avec la rponse d’Abraham : S’ils n’coutent pas Mose ni les Prophtes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus. En effet si quelqu’un ressuscitait des morts, il ne pourrait pas montrer une voie de salut diffrente de celle que Dieu a prvue pour tous, mais ceux qui s’obstinent contester Dieu et pitiner ses lois comme a fait le mauvais riche dans la parabole ne peuvent ni voir ni parcourir cette voie.

Que le Seigneur nous accorde de comprendre et d’aimer ce que sa volont a prvu pour notre salut.

Brevi riflessioni

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Meditazioni

Consapevole che le meditazioni proposte non sono che incerti balbettii, faccio appello alla carit del lettore perch vengano accolte con benevolenza. In fondo, davanti a Dio, siamo tutti dei bambini bisognosi di imparare a parlare l'unica lingua che si parli nel suo Regno, la lingua dell'amore.

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